Didier Morelle, B’Twin : « Le bonus VAE a besoin d’être soutenu »

Didier Morelle, directeur des achats de B’Twin : « Le bonus VAE a besoin d’être soutenu »

11 oct. 2017
Cycle et mobilité active
Le directeur des achats de B’Twin, Didier Morelle, représente Décathlon auprès d’organisations professionnelles internationales (World Federation of the Sporting Goods Industry, Confederation of the European Bicycle Industrie, European Cycling Federation…) et assure le relais entre celles-ci et l’Union sport & cycle.

Directeur des achats de B’Twin, Didier Morelle représente Decathlon auprès d’organisations professionnelles internationales (World Federation of the Sporting Goods Industry, Confederation of the European Bicycle Industrie, European Cycling Federation…) et assure le relais entre celles-ci et l’Union sport & cycle. A la lumière de sa connaissance des marchés, il livre ici ses positions sur le bonus VAE, la sécurité des cyclistes et la concurrence industrielle chinoise.


En croissance de plus de 30 % par an, le marché du vélo à assistance électrique (VAE) a-t-il vraiment besoin d’un « bonus » d’Etat pour se développer ?
Le marché du VAE, a besoin d’être soutenu. Il ne représente encore qu’une très faible partie du marché du cycle et sa pénétration reste très inférieure en France à celle de l’Allemagne ou les Pays-Bas. Le succès du bonus VAE confirme qu’il facilite vraiment l’adoption de ce moyen de locomotion par les Français, dont le pouvoir d’achat n’est pas aussi élevé que celui des Allemands ou des Néerlandais. Le bonus rend l’achat d’un vélo à assistance électrique plus accessible et facilite l’acquisition de vélos de meilleure qualité par les utilisateurs. Son coût – quelques dizaines de millions d’euros par an – reste sans commune mesure avec celui de la prime à la casse automobile, pour un bénéfice évident en termes de lutte contre la pollution et de santé. Il serait donc plus que regrettable d’abandonner le bonus, d’autant que l’on ne voit guère les collectivités territoriales prendre le relais dans le contexte actuel des finances locales !

Le VAE a-t-il un effet d’entraînement sur l’ensemble du marché du cycle ?
Le VAE est un nouveau levier pour rendre la pratique du vélo accessible au plus grand nombre : en Europe, on devrait passer de 2 millions à 5 millions d’e-bikes vendus par an d’ici 5 ans. Mais cette croissance ne suffit pas à relancer le marché global du cycle, qui stagne, voire décline. Depuis le début de l’année, le marché mondial du vélo traditionnel a régressé de 8 %, du fait du recul du marché chinois, où la fuite en avant du marché des vélos en libre-service fait des dégâts, avec des opérateurs en surnombre qui ont littéralement inondé les villes de vélos de mauvaise qualité, conçus pour ne pas dépasser trois ans de durée de vie.

" « Les droits antidumping sur les vélos chinois doivent être maintenus » "

Cette évolution du marché chinois a-t-elle une influence sur l’Europe ?
Si les opérateurs chinois du « share bike » étaient tentés de se reporter en Europe sur les mêmes bases qu’en Chine, il reviendrait aux autorités européennes de rester vigilantes sur les conditions de sécurité et de bonne utilisation des vélos. Tout l’enjeu pour l’Europe est de rendre les vélos plus accessibles en prix tout en procurant un bon rapport entre la valeur et le prix, plutôt que de se contenter de vélos de mauvaise qualité à bas prix, avec les conséquences que cela implique en termes de service après-vente, de recyclage des batteries, etc.

L’industrie européenne est-elle suffisamment forte ?
L’industrie européenne du cycle est protégée par des droits antidumping de 48,5 % sur les vélos importés de Chine, en vigueur jusqu’au 6 juin 2018 (1). Leur renouvellement est un enjeu majeur pour notre industrie, alors que la Chine a demandé à l’Union européenne de bénéficier du statut d’économie de marché. Il est indispensable de préserver un juste équilibre industriel entre l’Europe et l’Asie. Pour des raisons d’adaptation à la demande, de logistique et de développement durable, l’assemblage des vélos doit continuer d’être réalisé au plus près des utilisateurs et des magasins, à partir de composants en provenance d’Asie et d’Europe. La pratique du vélo est une activité écoresponsable, sa production doit l’être aussi.

En dehors du VAE, comment relancer le marché du cycle ?
Pour redévelopper le marché du vélo traditionnel et le rendre accessible au plus grand nombre, nous devons peser auprès des élus locaux et gouvernements afin qu’il créent plus de voies cyclables et assurent la sécurité des cyclistes. L’Europe du Nord, de ce point de vue, est très bien organisée. En Europe du Sud, il y a un énorme chantier à engager… Nous avons également besoin de parkings vélo sécurisés, pour que le risque de vol ne soit plus un frein à l’achat d’un beau vélo.

 

(1) Note de l'UNION :

L’Union européenne applique depuis 1993 un Droit Anti Dumping (DAD) sur les importations des bicyclettes et pièces fabriquées en Chine dont les prix sont considérés par l'UE comme illégaux pour cause de vente déloyale à bas prix. Actuellement, ce DAD se caractérise par une taxation supplémentaire de 48,5 % ajoutée aux droits de douane appliqués à ces produits et rentrant dans l’assiette de calcul de la TVA.

 

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